Charlotte Umugwaneza

Le 16 et le 17 Octobre 2015, des images de Charlotte Umugwaneza circulaient sur les réseaux sociaux; les premières étaient diffusées pour faire part de sa disparition mais ensuite ont suivi celles de son corps inerte. Charlotte était une femme attentionnée et très présente auprès de sa famille, une épouse et mère exemplaire pour ses enfants biologiques et adoptifs. Ils nous ont fait part de l’immense perte qu’ils ont subie.

« Charlotte était la 3ème des huit enfants que j'ai eu avec mon mari. Elle est née le 20 octobre 1969 au Burundi. Nous sommes originaires du Rwanda mais nous avons dû quitter le pays à cause de l’insécurité qui y régnait depuis 1959. Charlotte était une enfant forte, plutôt ronde et avec une santé de fer. Elle était aimante, dévouée et n’a jamais dévié du droit chemin. Yar’intwari (Elle était brave et courageuse), ce même caractère lui a permis de faire face à diverses situations de la vie quotidienne. Ce caractère lui a permis de braver la situation politique au Burundi…j’ai perdu une enfant aimante » (Sa mère Agnès Mpinganzima, 2015).

« Charlotte était non seulement brave et courageuse, mais elle était aimante et son amour de la vie était communicatif. Je l’ai rencontrée quand elle était institutrice et je suis tombé amoureux d’elle. Nous nous sommes mariés en 1993 et avons eu trois enfants, Je n’aurais pas pu rêver d’une meilleure épouse et mère. Elle était toujours là pour notre famille et avait des projets ambitieux pour elle. C’est dans cette même logique qu’elle voulait le meilleur pour son pays, de telle sorte qu’elle rejoint l’OLUCOME, un comité de lutte contre la corruption. Elle y entra comme simple membre avec la volonté d'apporter sa contribution à un changement positif dans son pays. Elle voulait mettre en lumière les cas de corruption au Burundi et trouver des solutions pour y mettre fin. C'est cette attitude qui lui a valu de monter très vite dans les rangs du comité jusqu'à intégrer la branche internationale de l'organisation. C'est en rejoignantplus tard, le parti politique MSD qu'elle quitte l'OLUCOME. Elle adorait son travail à l'OLUCOME mais ne pouvait appartenir aux deux organisations en même temps. Elle choisit donc le MSD. Elle commença comme trésorière et finit par devenir le vice président du parti à Cibitoke. Ses idées étaient très appréciées. Elle a travaillé dur pour faire entendre la voix de son parti dans tout le pays. Elle croyait en la démocratie, la liberté d’expression et le fait d’avoir une chance équitable.

Je ne pense pas qu'elle ait pu imaginer qu'on lui ôterait la vie pour ses convictions mais quelques jours avant qu'elle soit brutalement tuée, notre famille a reçu des menaces à Cibitoke. Les bureaux du MSD ont été attaqués et ma femme était visée. C'est à ce moment que j'ai décidé qu'il fallait déménager de Cibitoke. Je pensais que ça lui sauverait la vie.

 

Charlotte et les enfants sont partis chez un ami à Nyakabiga. Ils habitaient cependant juste à côté de la route principale et étaient donc toujours en danger. Pendant les manifestations, les policiers tiraient ou lançaient souvent des gaz lacrymogènes à ce niveau. Les enfants étaient terrifiés. Nous avons donc décidé qu'ils seraient plus en sécurité au Rwanda qu'au Burundi. Je ne pouvais pas partir à cause du travail. Ils sont restés au Rwanda pendant quelques mois. Une fois la situation redevenue plus ou moins calme, nous avons décidé qu'ils pouvaient rentrer à la maison. C'est une décision que je regretterai toute ma vie… J’ai perdu mon amie, ma partenaire, ma confidente et la vie ne sera plus pareille sans elle » (Son mari Deo Ndikumana, 2015).

« Notre mère était notre modèle. Elle nous aimait tellement et s’occupait de nous d’une manière qui dépassait notre entendement. Notre père et elle-même travaillaient dur pour faire en sorte que nous ayons un bel avenir. Elle nous a inculqué les valeurs d’excellence dans tout ce que nous entreprenons, et en particulier à l’école; faire partie des meilleurs de la classe, avoir un comportement exemplaire à l’école, etc. Nous n'oublierons jamais ses talents de cuisinière. Elle adorait cuisiner et à chaque fois que nous avions des amis à la maison, elle se faisait un plaisir de cuisiner pour nous et cela va beaucoup nous manquer. C'était la meilleure de toute. Elle nous rappelait constamment de travailler dur et de suivre le droit chemin à tout prix. Nous avons perdu une mère, notre consolatrice et notre protectrice » (Ses enfants Lionel et Claudia, 2015).

En raison de l’insécurité dans le quartier de Cibitoke, la famille de Charlotte avait décidé de déménager et aller vivre à Ngagara. Le matin du 16 octobre, Charlotte était allée chercher un camion de location afin d’emménager dans la nouvelle maison quand elle fut arrêtée par les agents du Service National de Renseignement. Elle laissa Lionel avec les enfants en lui disant qu’elle reviendrait rapidement. C’est la dernière fois que Charlotte – la fille, l'épouse et la mère -  fut aperçue vivante.

Le lendemain matin son corps fut retrouvé. Elle avait été abattue d’une balle au niveau de la tête et poignardée  à maintes reprises. Charlotte, comme d’autres Burundais, a été tuée pour avoir été membre d’un parti politique qui s’oppose au 3ème mandat de Pierre Nkurunziza.