A Propos

Le 20 mars 2014, des membres du Parlement burundais ont été appelés à voter un projet de loi qui visait l'amendement de la Constitution en vue de permettre au président de la République du Burundi de briguer un 3ème mandat. Le gouvernement semblait avoir tout mis en œuvre pour que le projet de loi soit adopté. En attendant son sort, la population burundaise retenait son souffle puisque la société civile, les partis d'opposition et les dignitaires religieux avaient multiplié des mises en garde contre un éventuel 3ème mandat du président Pierre Nkurunziza. La révision échoua le 21 mars 2014, par manque d'une seule voix au Parlement. Le 8 avril de la même année, suite à une pression constante des diplomates, des partis politiques d'opposition et de la société civile, le gouvernement renonce finalement à tenir son référendum. C'est sur cette note que se termine l'année 2014.

L'année 2015 débute par la grande lancée de la campagne citoyenne "NON au 3ème mandat". En février, le Chef du service national des renseignements est démis de ses fonctions pour avoir conseillé le président de ne pas se porter candidat aux prochaines élections. En mars, la puissante église catholique à son tour s'oppose formellement à ce mandat; Monseigneur l'Archevêque Simon Ntamwana va même jusqu’à qualifier cet acte d'esclavage (« KUTUGIRA ABAJA»).Le mouvement contestataire SINDUMUJA (nous ne sommes pas esclaves) est ainsi né. Pendant ce temps, des rumeurs de dissensions au sein du parti CNDD-FDD autour de la question du 3ème mandat se multiplient et se concrétisent même par la production d'un document signé par 17 membres influents du parti. Tous les signataires de ce document reçoivent une réponse unanime de congédiement du genre "vous êtes démis de vos fonctions"[1]. Le président Nkurunziza continue alors d'insister sur le fait que son parti est libre de choisir son candidat émérite et que la Cour Constitutionnelle est la seule apte à trancher sur la constitutionnalité ou non du 3ème mandat. Dans l'attente de l'annonce officielle, le président de la Tanzanie, le Secrétaire général de l'ONU, l'Union Africaine, l’Union Européenne, les Etats Unis, la Belgique et la France, appellent au respect de la Constitution et des Accords d'Arusha ainsi qu’au maintien d'un climat paisible en vue d’une tenue d’élections libres, justes et transparentes.

Le 25 avril 2015, le congrès du parti au pouvoir, le CNDD FDD, annonce la candidature du président Pierre Nkurunziza aux élections présidentielles de 2015. Cette candidature est ressentie comme un coup de massue car elle viole clairement la Constitution et  les Accords d’Arusha qui avaient mis fin à une longue et pénible guerre civile. Cette décision est contestée et condamnée vivement par un grand nombre de burundais conscients de cet abus, par les organisations de la société civile, les parties d’opposition, l’église catholique ainsi que la communauté internationale et les bailleurs de fonds.
 
Dans un contexte politique où règne la tension, dans une culture où la soumission et le stoïcisme sont devenus normes, une nouvelle génération, composée de toutes les ethnies du pays, se lève pour dénoncer cette hâblerie et ce d’une manière purement pacifique. Remplie d’espoir pour un Burundi meilleur, elle réclame le respect de la constitution, de la démocratie et de ses libertés et droits fondamentaux. En guise de réponse, le gouvernement lui envoie la police pour réprimer ses manifestations, cette même police censée protéger et servir la population. Ces forces de l’ordre n’ont pas hésité à lui tirer dessus avec des balles réelles, à détruire et museler les medias indépendants et à restreindre l’accès aux médias sociaux. En outre, le gouvernement n’hésite pas à semer la terreur par le biais de sa milice et user de menaces de morts vers toute personne ayant exprimé son désaccord, ce qui force environ cent-quatre-vingt mille personnes à fuir vers les pays voisins.
 
Cette plateforme a ainsi pour but de raconter l’histoire de ces « enfants du pays » qui s’étaient exprimés pour le respect de la Constitution de la République du Burundi et des Accords d’Arusha, tués pour avoir dit « Non au 3ème mandat ». Elle a pour but de raconter leurs rêves, leurs défis, et dénoncer leur mort injuste et prématurée.
Nous nous engageons à raconter leur histoire[2] afin de donner un visage à la lutte, reconnaître leur contribution à la nation et leur rendre hommage. Ces martyrs sont morts entre les mains de ceux à qui ils avaient confié le pouvoir exécutif, ceux qui devaient être garants de leur bien être et de leur sécurité durant les dix dernières années: le Président Pierre Nkurunziza et son gouvernement.

 

[1] http://www.iwacu-burundi.org/cinq-gouverneurs-de-province-vires-et-remplaces/; http://www.rfi.fr/afrique/20150325-burundi-nkurunziza-sanctions-parti-pouvoir-cndd-fdd-ntanyungu-festus/; http://fr.africatime.com/burundi/db/burundi-le-parti-au-pouvoir-sanctionne-ses-membres-opposes-au-3e-mandat-du-president-nkurunziza

[2] Notre but est d’honorer chaque victime. Toutefois, les préoccupations en rapport avec la sécurité sur terrain ne peuvent être ignorées; certains cas sont plus sensibles et difficiles à traiter. Pour cette raison, les noms des témoins dans les histoires ont été changés. Nous avons ainsi pris la responsabilité de ne nous occuper que des cas qui ne nous mettent pas en danger direct.

Nous tenons à préciser que nous sommes profondément attristés par le fait que des vies humaines soient perdues à cause des ambitions égoïstes d’une seule personne ; et du maintien en place –par la force – d’un système corrompu moralement, économiquement et politiquement. En plus du grand nombre de morts dans les rangs des manifestants, Pierre Nkurunziza a inutilement mis en danger de mort plusieurs membres des forces gouvernementales qu’il dirige, qui en quelque sorte ne suivaient que les ordres.